Le pont des Funtanelle
Dans l’histoire du Niolu et de ses habitants, l’importance du pont des Funtanelle (dont le nom provient de l’existence de sources situées près de sa culée gauche et qui, jusque dans les années 1960, assuraient l’irrigation de jardins potagers) qui franchit le Golo en aval de Calacuccia, est demeurée une constante que l’on peut apprécier à un triple point de vue :
1 - e strade romane.
Depuis la période romaine, les voies d’accès au Niolu, dictées par sa configuration physique, sont demeurées les mêmes. Une demi-douzaine de cols assurait les liaisons avec le reste de la Corse : au nord (Valle Bona), au nord-ouest (Guagnarola et Capronale), à l’ouest (Vergio), au sud-ouest (San Pedru et Ciarnente) et au sud (l’Arinella). La jonction avec l’est nécessitait le franchissement de la Scala di Santa Regina. Ces voies de communication permettant de passer du Niolu dans les régions voisines étaient déjà citées par A. Giustiniani dans sa description de la Corse écrite au XVI° siècle.
A l’intérieur de la haute vallée du Niolu, tout un réseau de sentiers assurait les liaisons entre villages, lieux de culture, bergeries,…, et l’accès à ces cols. Ces déplacements suivaient toujours les mêmes routes et les cours d’eau n’étaient franchis qu’à des points de passage obligés : les quelques ponts jetés au dessus du cours du Golo.
Ces ponts subsistent à des degrés divers d’intégrité. Les plus anciens d’entre eux auraient été, selon la tradition orale, construits par les Maures (pont de Murricciolu) tandis qu’une vieille chronique parle, vers l’an 1500, de trois ponts sur le Golo : E Funtanelle, Ponte Altu et Sanacciu (on n’est jamais parvenu à localiser ce lieu), bâtis à l’initiative de l’administration génoise sur des sites anciens de passage.
Cette dernière assertion se trouve justifiée, en ce qui concerne le pont des Funtanelle, par la toponymie des terrains surplombant ce pont rive droite : ce lieu porte le nom de verga (passerelle).
Le sentier partant de Calacuccia, reliant Castellu Rossu à Saravalle après avoir franchi le Golo au pont des Fontanelle, se dirigeait vers le col de l’Arinella, en laissant sur sa gauche la chapelle de San Quilicu qui desservait un village du même nom dont il ne reste plus aucune trace. Le sentier parvenait enfin au col de l’Arinella et les voyageurs poursuivaient leur route vers Corte et le cortenais. Cet axe de communication particulièrement important dans l’histoire du Niolu figure toujours sur les feuilles du cadastre avec la même dénomination qu’autrefois : « route de Calacuccia à Corte ».
Ce n’est qu’à partir de 1860 que le Niolu a commencé à être désenclavé avec la construction de la route forestière Porto – Calacuccia (RF n°9), destinée avant tout à permettre d’exporter le bois des forêts d’Aitone et de Valdo Niello à partir du port de Porto. Cette route fut prolongée jusqu’à Casamaccioli, ce qui entraînera la construction du pont A Mazzola une vingtaine d’années plus tard.
En 1882, le désenclavement s’est poursuivi vers l’est, en direction de la gare de Francardo, avec la réalisation d’une route à travers la Scala di Santa Regina qui nécessita 10 ans d’efforts.
Ces raccordements routiers de la haute vallée du Niolu avec le reste de la Corse n’ont pas empêché que le pont des Fontanelle soit demeuré un point de passage particulièrement fréquenté par les habitants de Calacuccia et de nombreux autres Niolins.
2 - le pont des Funtanelle assurait un rôle clé dans le dispositif de surveillance du Niolu mis en place par l’administration génoise.
La défense et le contrôle du Niolu étaient assurés par un ensemble de tours de guet que la tradition orale fait remonter aux Maures. Il est plus vraisemblable que les quelques constructions, dont il reste encore des vestiges, aient été l’oeuvre des Génois. Ces derniers les auraient bâties, sans doute, sur des sites où, à une période indéterminée, existaient déjà des ouvrages similaires. La construction de ces tours correspondait avant tout à la volonté de l’administration génoise de surveiller les agissements des Niolins dont les soulèvements furent fréquents au cours de l’Histoire, ce qui la conduisit à procéder à la disabitazione du Nioluaudébut du XVI° siècle.
Ce dispositif de surveillance reposait :
L’architecture des ouvrages de Saravalle et du Castellu est similaire (il ne reste plus rien du Castellu Rossu) : les ruines permettent de déceler un corps de bâtiment (une vingtaine de mètres à Saravalle et une dizaine seulement au Castellu) ainsi qu’une une tour carrée de 3 à 4 mètres de côté.
Entre ces deux ouvrages qui verrouillaient le Niolu à ses extrémités orientale et occidentale, existait toute une série de tours complétant le système de veille et dont, pour la plupart, il ne subsiste malheureusement plus aucun vestige. On peut citer : torraccia de Casamaccioli, torraccia de Sumeradia au dessous du Poggiu, torraccia de Falcadojo entre Poggiu et La Pietra, torracia de Bagno au dessus de La Pietra, torracia de Bona Manacce,… , et plus à l’est : torraccia de Salgi près de Corscia.
3 - une civilisation de bergers.
L’économie du Niolu est restée dominée jusqu’au siècle dernier par le pastoralisme avec ses mouvements réguliers de troupeaux de chèvres et de brebis à la recherche de pâturages : au début de l’automne, les bergers conduisaient leurs bêtes vers les plaines côtières tandis qu’à la fin du printemps, c’était la montée vers les alpages.
C’est le pont des Funtanelle qui a permis, durant des siècles, aux bergers de Calacuccia, et dans une moindre mesure à ceux de Lozzi et de Corscia, de franchir le Golo pour se rendre aux bergeries (Casartine, Buniacce, l’Albarella, Saravalle, San Quilicu, Orba, Casaforzula, Tineracciale, a Scruchiella, I Binadelli, Suverzia, a Menta,…), tandis que tout déplacement à Corte et au delà débutait par le franchissement de ce pont avant d’entamer l’ascension vers le col de l’Arinella.
Le pont des Fontanelle est un témoignage en péril de notre patrimoine architectural et de la vie pastorale de notre communauté, et, dans cet esprit, Rigolu Grimaldi l’a célébré dans la poésie suivante :
Vechju ponte trafalatu
memoria di li nostri antighi
quantu fusti calpighjatu
e cu ni sciutu castighi
di giovanni o vechji pastori
i guai suspiri e sudori.
Se un opera genuvese
vechju ponte seculara
e per lu nostru paese
ci fermi cum'un altare
da paratine a le to tre arcate
e to petre so sacrate.
Ai vissutu qualchi timpesta
cunisciutu l'aqua torba
l'ai sempre tinutu testa
aiutatu ghjente e roba
ma vistu oghje cio chi ne resta
ghje un fattu chi ci disturba.
Vinse un sborlu tamantu
chi ti dede u colpu fatale
di tant'aqua lampat'anantu
da l'altu di su matrale
ma cine unu chi s'adopra tantu
per che tu sia torna tal'e quale.
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I - Description du pont

Cet ouvrage présente toutes les caractéristiques des ponts génois :
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Mais à la différence des ponts génois de portée similaire, le pont des Funtanelle dispose de 3 arches (sur la photographie ci-dessus prise au début des années 1970 en aval du pont, l’arche de gauche n’est pas entrée dans le champ de l’objectif), ce qui est assez rare pour un pont dont la longueur était de l’ordre de 40 mètres.

La largeur du tablier est limitée à 2,70 m ; les parapets présentaient une épaisseur et une hauteur d’environ 0,40 m.
L’arche centrale a une hauteur de l’ordre de 8 m au dessus du niveau du Golo. L’arche suivante culmine à approximativement 3 m ; quant à la troisième, la hauteur est d’environ 2,20 m. Ces hauteurs ne correspondent pas à celles d’origine : des rochers charriés par le Golo se sont amoncelés sous et à proximité immédiate du pont lors des crues centennales.
II - L’édification du barrage EDF et les dégâts subis par le pont des Funtanelle à l’occasion des crues centennales de 1992 et 1993.
Au début des années 1960, l’EDF a décidé de construire un barrage hydro-électrique au Niolu. Les travaux ont débuté en 1965 et la mise en eau est intervenue en1968. |
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Ce barrage est situé en amont du pont des Funtanelle à une distance de l’ordre de 250 mètres.

En 1992 et 1993, deux crues centennales – phénomène tout à fait inhabituel – se sont traduites par de colossaux lâchés d’eau dont la puissance a fortement ébranlé et endommagé le pont des Funtanelle.
La crue de 1992 a été fatale pour le parapet du pont comme l’atteste la photographie suivante prise alors :
En 1993, les eaux ont notamment emporté la culée du pont de la rive gauche du Golo : le pont n’est plus relié à cette rive. Ce phénomène s’explique par la disposition des lieux : le Golo étant légèrement incurvé entre le barrage et le pont, cette culée se trouvait dans l’axe et a subi un maximum de pression lors des lâchés d’eau.
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Les eaux ont notamment emporté la culée du pont de la rive gauche du Golo : le pont n’est plus relié à cette rive. Ce phénomène s’explique par la disposition des lieux : le Golo étant légèrement incurvé entre le barrage et le pont, cette culée se trouvait dans l’axe et a subi un maximum de pression lors des lachés d’eau dus aux crues centennales.
Le parapet a été emporté. |
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L’arche centrale est réduite à sa plus simple expression. |
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Sur cette photo prise de la rive droite, un trou d’une superficie de près de 2 mètres carrés apparaît clairement sur le tablier du pont. C’est en fait une partie de la voûte de la première arche qui s’est effondrée et a été emportée. |
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Les dégâts subis par la voûte de la première arche.
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Sur ces 3 photographies, figurent des éléments du parapet et de la voûte de la première arche qui reposent en aval du pont. |
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